Avez-vous déjà eu la chance de rencontrer le Gypaète barbu ? L’apercevoir en vol ou l’observer posé en falaise est toujours un moment privilégié.
Sans le savoir parfois, on partage avec lui les falaises et les zones environnantes, qui constituent son habitat et son territoire pour la nidification. Le Gypaète est un oiseau curieux, qui n’hésite pas à se rapprocher de l’Homme. Pourtant, ce grand rapace est extrêmement sensible aux perturbations, celles-ci pouvant directement ou indirectement compromettre sa reproduction et ainsi la viabilité de ses populations.
Son habitat peut être le lieu privilégié pour la réalisation d’activités, qui sont pourtant susceptibles de générer un dérangement. Les gypaètes barbus peuvent se montrer très sensibles aux dérangements visuels et sonores, même à des distances importantes des nids.
Une perturbation sur un site de nidification peut engendrer des impacts directs comme la chute du poussin du nid, l’abandon de la ponte par les parents ou l’abandon du site de reproduction. D’autres effets, moins visibles, n’entraînent pas un comportement de fuite (un stress, un affaiblissement du métabolisme, …).
Afin de garantir le bon déroulement de sa reproduction, il est préférable de réduire les activités humaines autour du nid, au sein d’un périmètre désigné Zone de Sensibilité Majeure (ZSM).
Qu’est-ce qu’une ZSM ?
Pour une espèce menacée comme le Gypaète barbu, le maintien de la quiétude des sites de reproduction lors de cette période sensible est primordial. C’est pourquoi, il s’est avéré nécessaire de définir des zones géographiques autour des nids, afin de prévenir et éviter tout dérangement. C’est donc dans une démarche nationale portée dans le cadre de Plans Nationaux d’Action (PNA), que des Zones de Sensibilité Majeure (ZSM) ont été créées. Ces ZSM sont créées autour des sites de reproduction, mais aussi des sites de réintroduction.
A chacun sa sensibilité !
La sensibilité aux perturbations anthropiques varie en fonction du type d’activité et de l’espèce considérée. Des études ont permis de définir les distances nécessaires pour assurer la quiétude des sites de nidification (appelés aires de reproduction chez les rapaces). Ces distances théoriques sont alors reprises et adaptées à la topographie pour constituer les ZSM autour des nids.
Une ZSM est constituée de deux périmètres de quiétude distincts :
- Périmètre cœur : à l’intérieur duquel toute activité est susceptible de perturber l’espèce.
- Périmètre tampon : à l’intérieur duquel toute activité bruyante est susceptible de perturber l’espèce.
Ces deux périmètres sont complétés par des limites altitudinales encadrant les activités aériennes :
- 1000m au-dessus du point le plus haut de la ZSM pour les survols motorisés.
- 600m au-dessus du point le plus haut de la ZSM pour les survols non motorisés.


ZSM Active ou Inactive
Basée sur le cycle de reproduction de l’espèce, les ZSM ont des périodes d’activation et d’inactivation. Par principe de précaution, l’activation des ZSM se fait en début de saison de reproduction (1er novembre). Elles sont activées pour toutes les aires de reproduction connues des couples, utilisées au moins une fois au cours des 10 dernières années. S’il y a échec avéré de reproduction et, en l’absence d’une seconde ponte, ou s’il y a absence de fréquentation de la ZSM par un couple, alors elle sera désactivée pour le reste de l’année (à partir du 1er mars). Lorsqu’une ZSM est occupée par un couple, elle est automatiquement désactivée à la fin de la saison de reproduction, après l’émancipation du jeune. Concernant le Gypaète barbu, cette période d’activation s’étend donc du 1er novembre au 15 août (31 août pour les Alpes).
Il va de soi que, même hors période sensible (reproduction), tous travaux ou autres chantiers envisagés dans le périmètre d’une ZSM doivent être pris en compte pour ne pas détériorer ou détruire l’habitat de l’espèce.

Cycle reproducteur du Gypaète barbu. En bleu sont représentées les phases effectuées par les adultes, et en orange les premières étapes de la vie du jeune. @Clément Garnier/LPO France

Un besoin de quiétude
Une étude réalisée par le CNRS et la LPO1 a permis de déterminer l’impact de la pratique des différents types d’activités : les randonneurs et les voitures, de même que les parapentistes et grimpeurs peuvent déranger le gypaète a une distance comprise entre 500 et 800 m. Les activités très bruyantes, dont les survols motorisés, les travaux mécanisés, la chasse, provoquent des désertions de nid dans un rayon de 1,5 à 2 km.
Un échec de reproduction n’empêche pas le besoin de quiétude du couple notamment en vue des saisons de reproduction suivantes. En effet, si un couple est perturbé sur son territoire de reproduction, les effets de ces perturbations pourront être différés les années suivantes par un cumul de stress amenant à un nouvel échec. Ces perturbations différées peuvent aussi se matérialiser par le changement vers un site souvent moins propice.
Pour les grands rapaces comme le Gypaète, une deuxième ponte n’intervient pas systématiquement en cas d’échec de la première. Le Gypaète étant mature sexuellement qu’à partir d’environ 8 ans, la réussite de reproduction est extrêmement importante pour la pérennisation de l’espèce, d’autant plus pour une espèce menacée. Permettre la tranquillité des oiseaux territoriaux et reproducteurs, et éviter le dérangement, est donc primordial pour la viabilité de l’espèce.
1Arroyo, B., & Razin, M. (2006). Effect of human activities on bearded vulture behaviour and breeding success in the French Pyrenees. Biological Conservation, 128(2), 276-284.
Quels sont les bons gestes à adopter en présence d’un Gypaète et proche d’une ZSM ?
Pour toute activité réalisée à proximité de sites de nidification de Gypaète barbu, il est important de se renseigner en amont de la localisation de ces sites et du dérangement que cela pourrait provoquer.
Lorsque vous observer un Gypaète, voici quelques conseils pour ne pas le déranger : ne criez pas ou ne faites pas de grands gestes ; s’il est au sol en train de se nourrir ou de se nettoyer le plumage gardez vos distances, n’essayez pas de vous rapprocher car il s’envolera immédiatement par peur et vous manquerez une belle observation ; n’essayez jamais d’une quelconque manière de vous rapprocher d’un nid, vous pourriez générer un dérangement extrêmement important aux graves conséquences. En revanche, s’il est en vol au-dessus de votre tête, prenez le temps de l’observer, c’est un oiseau curieux et il sera maitre de venir vous voir de plus près ou non !
Que vous soyez grimpeur, parapentiste, photographe, randonneur, simple visiteur ou juste curieux, n’hésitez pas à visionner ces courtes vidéos réalisées par le CEN Haute-Savoie ASTERS pour adopter les bons gestes !
Pour en savoir davantage sur les ZSM
Les ZSM Gypaète barbu dans le Sud du Massif central
Voici les ZSM Gypaète barbu que la LPO et le Parc national des Cévennes ont souhaité diffuser auprès du grand public.



Qui contacter ?
Pour toute question sur le Gypaète barbu ou les ZSM pour le Gypaète dans le sud du Massif central, il est possible de contacter la LPO ou le Parc national des Cévennes.
Site Grands Causses LPO France
Rue du Valat
12720 Peyreleau
05 65 62 61 40
Parc national des Cévennes
6 bis, place du Palais
48400 Florac
04 66 49 53 00
En savoir plus
Pour en savoir davantage sur le Gypaète barbu, son aire de répartition, sa biologie, le LIFE GYP’ACT, ou sur les programmes de réintroduction et de conservation en faveur de l’espèce, consultez les autres pages du site Life Gyp’Act.